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[TECH] Le rendu du Sraw est-il réellement celui du RAW ?

En 2007, lorsque que j’ai connu le sRaw avec mon ex-EOS 40D, j’ai tout de suite voulu tester ses capacités. A première vue, idéal pour la photographie de mariage ou les longs reportages, ce mini Raw me permettait de soulager mes cartes mémoires mais surtout de limiter l’achat annuel de disques durs… Avec l’usage, je me suis très vite aperçu d’un problème de rendu (netteté et balance des blancs). Alors, ce défaut est-il imputable qu’au sRaw ?

Le RAW.

Bon la plupart d’entre nous connaisse le déjà le format de fichier RAW (.CR2 chez Canon et .NEF pour Nikon). S’il permet d’obtenir la quintessence des images de nos capteurs, il est aussi très gourmand.C’est d’ailleurs aujourd’hui le format qui obtient le meilleur rapport qualité/poids. Les informations du capteur sont donc directement injectées dans ce fichier sans compression (les canaux RGB sont toujours en 12 ou 14bits que ce soit en RAW ou sRaw)

 

Le Squoi ?

Le Sraw est une sorte de Raw ravec une dimension inférieure, ce qui vous permet de garder la même flexibilité en terme de développement tout en réduisant la taille de vos fichiers. Le Sraw a été introduit par Canon (uniquement) avec le 1D mark III en 2007. Ils ont voulu répondre aux pros qui demandaient à ne pas subir le principal désavantage de la course aux pixels, la taille des fichiers.
En effet cette course devenait vite handicapant pour ceux qui ne faisait pas de très grands tirages ou de crops (photographes de mariages, sport par ex).

Le sRaw ou sRaw2 (sur les boitiers DIGIC IV) est 1/4 plus petit que le RAW et le mRaw ou sRaw1 de 1/2 plus réduit.

 

Alors quel est le problème ?

Lorsque j’ai découvert le petit frère du RAW avec la sortie de l’EOS 40D ?, je me suis dit que c’était le format idéal pour photographier en vacances.(encore amateur à l’époque) Lorsque le 5D mark II est sortie avec sa gigantesque résolution de 21MP, il m’est aussi venu en tête de remplacer le RAW par le Sraw durant mes mariages. Surtout qu’un RAW de 21mp avoisine les 26Mo en moyenne soit 60 Mo lorsqu’il est édité par un programme externe comme Photoshop ! S’il vous prend l’envie de le sauvegarder en 16bits au lieu de 8, alors là c’est 120Mo par fichiers… G-Tech à de quoi s’enrichir ;-)

A chaque mariage je prends entre 2800 et 3500 photos. Ce qui peut représenter rapidement, 72 à 90 gigas de RAW à traiter. Imaginez l’espace sur le disque dur et la bête de course pour développer cela rapidement. J’en suis à 2 disques durs achetés chaque année et à mon 3ème Imac en 4 ans, avec un passage accéléré vers les disques internes en SSD.

Partant de ce constat j’ai donc cherché à tester les capacités de ces formats «magiques», Sraw (Small Raw) et MRaw (Medium Raw).

Et là grande déception. Sous Aperture, la modification de l’exposition n’était plus aussi flexible, modifier la balance des blancs devenait hasardeuse, car j’obtenais soit un virage vert soit magenta, et le piqué n’en parlons pas, c’est comme si j’étais « out of focus ».

J’ai donc décidé d’enquêter avec cet article. Pour réaliser ces tests, j’ai derawtisé mes fichiers avec trois logiciels (ou moteur RAW) différents et très populaires : Aperture (si si), Lightroom et Canon DPP le logiciel propriétaire.

 

Avant le test, comment ça marche ce sraw ?

Je vais tenter de rester très sommaire et compréhensible afin de pas vous perdre dans les histoires de chrominance, luminance et autre filtre de Bayer.

Afin de réduire la taille initiale d’une photo en RAW, le logiciel interne du boitier va lui enlever des pixels (downsampling). On réduit ainsi le nombre de pixels, donc la dimension de la dite photo. Mais après avoir enlevé des pixels qui contenaient des parties très détaillées de l’image, il va falloir en remplacer dans l’image Sraw, ainsi devenue plus petite. Pour cela le logiciel va essayer de réinterpréter (par interpolation) ce qu’il y avait dans l’ancienne image, mais un peu moins détaillé.

Pour le Sraw on part de 4 pixels dans le RAW initial pour n’en garder qu’un dans le Sraw.

Selon Canon, cela se fait sans aucun mal, et on a exactement le même potentiel de développement que le RAW d’origine. Dans le Digital Learning Center de Canon USA, on peut lire le témoignage d’un photographe sur le Sraw. Ce dernier y décrit les avantages d’utiliser un tel format.

Cependant il incite les photographes à tester le Sraw avant de l’adopter dans leur flux de production. Ce qui est logique et compréhensible. Mais un second avertissement intervient sur la nécessité de tester à nouveau ce format en effectuant des impressions et des prises de vue.

«Again, we strongly suggest that any owner of the EOS 5D Mark II or EOS 50D shoot some sRAW test images, and make some prints to check how the new small RAW feature will work for them.»

http://learn.usa.canon.com

Trouvant ça louche, c’est ce que j’ai décidé de faire pour en avoir le cœur net. Pour le moment je mettais encore en-cause la technologie sRaw, vu que sur mes tirages et sur mes écrans  je constatais une perte de piqué. Je m’entends encore râler : « Je veux bien que les images soient de taille plus réduite, mais si on enlève la netteté, alors là il y a problème! »

Voici le test :

Moteurs RAW :

Aperture Apple 3.0
Adobe camera RAW 6.4.1 (Lightroom 3.3)
DPP 3.5.1

Test de piqué avec crop RAW VS SRAW

Test sur mire

Test sur mire - Image originale

Crops à 100%

 

Pique sraw

 

 

 

Wow. On s’aperçoit immédiatement que le problème ne venait pas de Canon avec son Sraw mais du dérawtiseur ! Qui l’eut cru.

Dans le match sur deux échantillons provenant de deux 5D mark II différents, on peut voir que le Sraw est impeccable sur le logiciel propriétaire DPP. Par contre, sur Aperture le rendu est bien mauvais. Le piqué devient mou et on perd un peu de contraste. On avait lontemps attendu la compatibilité des sRaws dans Aperture mais les ingénieurs sont allés vite en besogne… Chez Adobe c’est bien mieux mais encore en dessous de DPP.

Voici les 3 sRaw pour ceux qui n’ont pas encore vu de différences claires :

Test d’exposition RAW VS SRAW :

Pour la netteté, c’est réglé. Passons à l’expo, cruciale en mariage pour ceux qui shootent en lumière naturelle, donc souvent avec de hautes lumières. Pour ce stress test j’ai surex à fond mon boitier en mode AV. Ainsi nous pouvons mesurer les différences de récupération entre le RAW et le Sraw. Ces photos ont été sous-exposées en post prod au minimum (2IL)

Probleme d'exposition sraw

Exposition

Ici la récupération de l’exposition est aussi détériorée par les deux moteurs RAW Apple et Adobe. Seul DPP arrive correctement à corriger l’exposition des deux fichiers. Sur le sRAw on a légèrement perdu un peu plus de saturation par rapport au Raw, mais ça reste acceptable.

 

Test de la balance des blancs RAW VS SRAW

C’est ici l’étape la plus importante pour moi. C’est essentiellement pour la balance des blancs que je shoote en RAW. Sur le terrain c’est un paramètre dont je m’occupe peux, car souvent en AWB. Je préfère ajuster avec plus de précision ma balance des blancs, une fois sur mon ordinateur.

Image originale (WB à 9000K)

 

 

Dans ce test on part d’un image à shootée à 9000K pour la corriger à 2500K en post-prod. Ici Aperture sort une nouvelle fois du lot. Il est complètement « out » avec un virage vers le vert. Pour le reste, on est tout à fait dans la course.

Test de Balance des blancs Echantillon N°1

Test de Balance des blancs Echantillon N°1

 

Sur ce second échantillon, et avec un virage plus léger de 5600K à 2500K, une teinte plus verte est constatable chez Apple.

Test de Balance des blancs Echantillon N°2

Test de Balance des blancs Echantillon N°2

 

Test du bruit avec crop 100% -  RAW VS SRAW :

Enfin le bruit, où pour les même images ont obtient des résultats qui divergent. DPP lisse un peu plus le bruit en sRaw que ses compères. Entre Aperture et Lr, à part la teinte verte, chère à Apple, le bruit semble similaire…


Test du bruit - 6400iso

Test du bruit - 6400iso

 

Vincent Laforet déplore aussi quelques défauts du Sraw, notamment à cause des artéfacts et de l’interpolation qui peuvent effacer ses petites étoiles rouges lors de time lapse. A vérifier tout de même, mais je le rejoins sur sa dernière constatation : « A chaque fois que j’ai shooté en Sraw je l’ai toujours regretté ».

« I do not use sRAW for a number of reasons (artifacting) but notably NEVER when shooting stars as the interpolation can actually cancel out stars in astro-time lapse photography. If I nail a fantastic moment – I can also make a fine art print of it shot in full RAW. Not so in sRAW. Every time I’ve shot sRAW I’ve regretted it… »

Nous l’avons vu, en passant du RAW au Sraw, 4 pixels sont transformés en un seul pixels. Pour reproduire les pixels disparus, il y a donc une interpolation logicielle qui se fait. Ce qui peut expliquer une telle différence dans la gestion de la balance des blancs et de l’expo entre le RAW et le sRaw. Du moins sur des dérawtiseurs tiers tels que Lightroom et surtout Aperture qui déçoit beaucoup ici. Pour profiter pleinement de cette innovation néanmoins honorable, il faudra donc utiliser DPP de Canon… Seuls les ingénieurs de chez Canon détiennent le secret des algorithmes de ce processus, nous n’auront donc pas de véritables explications avant longtemps

Comme je m’amuse à le répéter, la photographie c’est d’abord une histoire de compromis. Personnellement je resterai encore sous Aperture. De ce fait, j’utiliserai ce format pour mes photos de vacances, histoire d’avoir un peu plus de flexibilité sur le développement comparé au JPEG, mais sans attendre la quintessence du RAW que l’on aime tant.

Sur les petites impressions on «location» lors d’une soirée ou d’un évènement, jusqu’à 13X19cm le Sraw se défend correctement. mais pour une visualisation sur un écran d’ordinateur ou un tirage grand format passez votre chemin si vous souhaitez garder une flexibilité et une qualité optimale.

Alors Canon, libère le sRaw ! Pascal, Guy, Bernard, Alain si vous me lisez…

Et vous, vous shootez en RAW ou sRaw ?


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